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Monsieur Moyen Réalisateur - vidéos de concerts

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Stupeur et tremblements

Lundi 27 septembre 2010

Il y a quelques années on m’a demandé de filmer quelques concerts dans des grandes salles parisiennes avec pléthores de caméras. Exercice excitant dû au « live » mais il faut le dire aussi plutôt pénible car c’est toujours la même rengaine. Je me suis toujours attaché à faire plusieurs valeurs de plan afin d’offrir un rythme intéressant lors du montage, mais je n’ai jamais cédé à l’envie de rendre l’exercice plus funky. J’ai souvent vu des images de concert avec des zooms sur le « beat », des mouvements très personnels de la part du cadreur. Ça m’est très déplaisant, j’ai l’impression de voir un cameraman devant un concert plutôt qu’un concert. D’après moi l’exercice consiste plutôt de manière générale à savoir se faire oublier.

Dans une autre mesure, c’en est de même pour les films, à moins d’apporter une cohérence à un mouvement, ils me font sortir de l’histoire car je pense au technicien derrière, à l’équipe, au nombre de prises, au repas du chef électro, à ma liste de course, zut j’ai encore oublié d’acheter du Papier toilette. Et voilà je suis en dehors du film.

J’ai eu la chance de pouvoir voir Claude Chabrol une dernière fois l’année dernière au Forum des images, et il parlait exactement de cela :

« Je n’aime pas les caméras qui font les malines comme si elles nous disaient « regardez ce que je sais faire ». Les cinéastes formidablement doués me gênent parfois car ils se croient obligés de prendre un hélicoptère pour faire traverser un champs à une fille alors que ce n’est pas obligatoire.»

Avec l’arrivée du numérique, c’est une ouverture géniale au plus grand nombre à laquelle nous assistons. Sans la baisse des coûts de production inhérentes au numérique, je n’aurais d’ailleurs surement jamais réalisé quoi que ce soit. L’apparition de ces engins plus légers offre plus de facilité de manipulation mais aussi en contrepartie une réalisation qui file parfois la migraine.


Curb your enthusiasm (on air) Petite caméra à l’épaule

Seinfeld (1989 / 1998) Grosse caméra sur pied

Il existe un effet terriblement efficace dans le cinéma traditionnel :

Imaginez un dialogue classique entre deux personnages, champs-contrechamps. Puis Apportez un nouveau plan, les deux personnages sont filmés de plus loin et la caméra tremblote, mettez y un premier plan très flou et la salle a compris tout de suite que nos amis sont épiés. Grâce à ce mouvement style reportage avec la caméra à l’épaule, on comprend la présence humaine et s’il n’a pas de sens on comprend juste qu’il y a un caméraman.

Je le retrouve de plus en plus au cinéma sans raison valable apparente. On a donc l’impression de regarder un reportage mais pourtant c’est un film. C’est l’expérience que j’ai vécu récemment devant le film Cyrus (Cyrus) produit par les frères Scott. Plutôt bon film qui passe d’ailleurs étrangement inaperçu. Ce long métrage est filmé de cette manière tremblotante au point que j’avais l’impression de voir le making of.

Est-ce que les codes vont changer à cause de ces nouvelles caméras ? Sûrement mais peut-être pas à ce point. Peut-être que ces films seront tout de même rangés naturellement dans une catégorie de réalisation médiocre.